Infrarouge – Nancy Huston

Nancy Huston nous emmène pour une semaine de vacances en Toscane et principalement à Florence à travers les yeux de Rena Greenblatt, 45 ans, 2 enfants, 4 maris et d’innombrables amants. Elle y a invité son père, Simon, qui fêtera bientôt ses 70 ans et sa belle mère, Ingrid.

Rena est une artiste reporter photographe Canadienne expatriée à Paris, qui vie en permanence avec Subra, une confidente imaginaire.

Redoutant ce voyage avec son père, il prend très vite des allures de corvée avec ce père ex brillant intellectuel, esprit libre, passionné de neuropsychologie et qui accuse son âge; et Ingrid, la belle-mère Hollandaise, vivant dans le souvenir de la seconde guerre mondiale et des nazis qui ont massacrés toute sa famille. En étant gentil on peut dire qu’Ingrid n’est pas vraiment versée dans les subtilités de l’art, sans compter qu’elle a beaucoup de mal à comprendre que Roma désigne tout simplement Rome.

Pour s’échapper de la situation, Rena se laisse envahir par ses souvenirs, son enfance tourmentée, ses amants officiels et ceux de passage à la base de son travail d’artiste, corps d’hommes qu’elle a photographiés à l’infrarouge après l’amour. Elle rêve à ses nombreuses expériences sexuelles, sa passion de l’amour, ses émois érotiques et ne pense qu’à être dans les bras d’Aziz, l’homme dont elle intensément amoureuse.

J’avoue avoir été très séduit par ce discours cru, précis et sensuel, mais le personnage de Rena me perturbe non dans le fait qu’elle nous livre ses sentiments et expériences intimes – certains estiment que c’est un roman érotique -, mais du fait que je la trouve épouvantablement égoïste. On a le sentiment qu’elle ne sait que prendre mais ne donne rien en échange. A moins que ce ne soit en fait qu’un immense sentiment de culpabilité qui la pousse à aller toujours plus loin.
Une semaine de vacances en Toscane, du mardi au mardi, huit jours, huit chapitres. On suit Rena la narratrice qui nous emmène dans les replis de son âme et du temps. Plus on avance dans ces vacances, plus on en apprend, plus tout se dégrade, se fissure. La corvée du voyage est peu à peu recouverte par les souffrances et les drames passés avant de disparaître sous les drames actuels et à venir. Même les petites étincelles de bonheur sont rapidement étouffées.
C’est le premier roman de Nancy Huston que je lis même si j’avais déjà entendu à de nombreuses reprises des critiques de ces romans, notamment sur France Inter, et je n’ai pas été déçu, c’est un roman que j’ai beaucoup aimé, malgré quelques longueurs, mais j’ai le sentiment qu’elles sont indispensables au récit. Il se déroule en octobre 2005 avec en toile de fond ce qui passe loin de Florence, à Paris où les banlieues s’embrasent suite au décès de Zyed et Bouna, électrocutés dans un poste EDF où ils s’étaient réfugiés après avoir été poursuivis par la police, à Clichy-sous-Bois.

Nancy HustonNancy Huston
Réna est un peu Nancy Huston, jusqu’où je ne sais pas. Nancy Huston est née à Calgary, au Canada (anglophone), en 1953. Elle s’est établi à Paris à l’âge de 20 ans. Elève de Roland Barthes et militante au MLF (même si je ne l’ai pas écrit plus haut, le féminisme est quasiment présent du premier au dernier mot d’ « Infrarouge ») , elle écrit directement en français son premier roman, « Les variations Goldberg », publié en 1981.
C’est à son quatrième, « Cantique des plaines », qu’elle revient à sa langue maternelle mais le traduira elle-même en français, ne pouvant trouver d’éditeur anglo-saxon, et remarque une amélioration de son texte. Cette pratique deviendra sa marque de fabrique, d’ « Instruments des ténèbres », prix Goncourt des lycéens en 1996, à « Lignes de faille », prix Fémina en 2006.


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